Je me lance

SUIS-JE LÉGITIME ?

ou comment vaincre le doute et l'appréhension du faire

Quand j’ai pris la décision de raconter l’histoire de ma famille, passés les premiers moments d’excitation, une foule de questions s’est posée à moi. Et la plus importante, la plus perturbante, devrais-je dire, a été : suis-je légitime pour faire ce récit ? Autrement dit, ai-je le droit, moi, de le faire ?

Car lorsqu’on produit quelque chose avec l’intention de le rendre public (même si ce public se limite aux membres de notre famille proche), la question de la légitimité est une évidence. Pourquoi ? Parce qu’on sait que l’on va être jugé.

Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’écrire sur des personnes ayant existé. Au delà de vouloir plaire à ceux qui verront votre oeuvre, il y a tout le regard de vos proches, directement concernés par vos propos.

Même si vous avez de bonnes relations avec votre famille, le simple fait de parler des autres, vivants ou morts va vous amener à dévoiler des aspects négatifs de leur personnalité ou à dire des choses que personne n’a envie d’entendre.

Voici un peu les remarques auxquelles je m'attends à être confrontée :

  • oui mais qu’est-ce que tu en sais, toi, tu ne l’as pas connu !
  • le Grand Oncle Tartempion ? il n’était pas du tout comme ça ; on m’a dit que …
  • et pourquoi tu n’as pas raconté la fois où … ?
  • bof… je trouve que tu racontes mal
  • eh ! dis donc ! de quel droit oses-tu rendre public l’histoire de notre grand-père ?!
  • quelle prétention ! elle se prend pour un auteur ?
  • etc.

 

Delphine de Vigan, auteur biographe, constatait dans son ouvrage Rien ne s’oppose à la nuit que “écrire sur sa famille est sans doute le moyen le plus sûr de se fâcher avec elle”. Me voilà avertie 🙂

 

Peut-être également, il m'arrivera de devoir m'accommoder de la vérité, ce qui ajoute davantage encore à la question de légitimité.

Il faut dire, en ce qui me concerne, que je pars d’un sérieux handicap ; la partie de ma famille dont je souhaite parler est d’une culture bien différente de la mienne. Qui plus est, j’ai choisi de raconter leur histoire dans une version romancée, donc avec une interprétation des événements parfois assez libre, notamment pour ceux aujourd’hui décédés dont je ne pourrais plus avoir la version complète de l’histoire.

En faisant ce choix, j’ai bien conscience que cela pourrait ne pas plaire à certains, voire que d’autres seraient sans doute mieux placés que moi pour parler de cette partie de mes origines.

Bref, je me suis demandée : suis-je vraiment légitime pour faire cela ?

En réalité, cette question de légitimité se pose lorsqu’on a tendance à douter de soi, à manquer de confiance ou à trop s’attacher au regard de l’autre. Des maux que je ne connais que trop !

 

Vous avez certainement 10 bonnes raisons d’être légitime

 

J’ai donc essayé de trouver une méthode pour que chaque fois que cette question se posera à moi (et je sais qu’elle reviendra), je puisse la chasser avant qu’elle ne me prenne trop la tête.

J’ai ainsi commencé par lister 10 raisons qui me motivaient à écrire ces histoires. Et j’avoue, autant les 6 premières sont venues à moi spontanément, autant les 4 dernières, il m’a fallu aller les chercher très loin.

Et somme toute, la première réponse qui m’est venue a été : je suis légitime parce que j’ai envi de le faire ! Parce que je trouve que c’est bien de transmettre ses origines et que j’ai pensé à le faire et les autres non. Et enfin parce que c’est MON projet et qu’il me tient à coeur.

Bon, je le concède, ces raisons sont assez égocentriques !

Mais au delà de tout cela, je suis légitime parce que aucun livre d’histoire, aucun récit raconté lors de veillées familiales, aucune anecdote sur le Grand Oncle Tartenpion ou la Cousine Machinchose n’ont jamais été l’exacte vérité. Ça a toujours été une interprétation d’événements passés au crible de notre regard de narrateur. Il en sera de même de mon récit.

Car c’est MA FAMILLE, ce n’est pas celle de quelqu’un d’autre. C’est celle-là et pas une autre que j’ai envi de raconter à mes enfants, celle dont j’aimerais qu’ils se souviennent quand plus tard ils raconteront à leur tour ces histoires du temps passé.   

 

Tu vas y croire, non mais ?!

 

Il peut paraître facile de balayer la question par quelques réponses toutes faites qu’on oubliera dès que nos travers ramèneront le doute en nous. Alors pour palier à cela, j’ai un petit tableau en liège  au dessus de mon bureau qui me sert notamment de pense-bête. Chaque fois que je lève la tête ou passe devant, je vois en un seul coup d’oeil tout ce qui s’y trouve. J’y ai donc accroché des petits papiers en couleur avec les quelques phrases qui me rappellent que OUI, JE SUIS LÉGITIME. Voici la première d’entre elles :

“Chaque génération a sa mission”

autrement dit, je considère que la mienne est de marquer la trace de celles qui m’ont précédées.

 

Et en voici quelques autres :

“Et pourquoi pas ?!”

“Tu es l’acteur de ce que tu veux voir se réaliser, si cela te tient à coeur, il n’appartient qu’à toi de le faire”

“Avance, trompe-toi et recommence”

“Pour ne pas qu’ils sombrent dans l’oubli, pour que les tiens se rappellent d’où ils viennent”

 

Et je complète, remplace ou supprime ces petites phrases au fur et à mesure. Ça marche très bien !

 

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